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Mobilités : "nous avons une responsabilité historique"

29/04/2022

Crédits : Etienne Valois (Flickr)
Crédits : Etienne Valois (Flickr)


En préambule d'un conseil de métropole consacré exclusivement à la nouvelle phase de développement du réseau de transport publics, Stéphane Roudaut a pris la parole afin de rappeler, en matière de mobilités, la responsabilité historique qui est celle des élus à porter une vision forte et exigeante du territoire.


Monsieur le Président, chers collègues,


Je suis en colère, vraiment.


Le maire de Gouesnou, 1er vice-président de Brest métropole en charge du projet métropolitain ne peut aujourd’hui participer ni au vote, ni aux débats, sur un sujet aussi important que celui des mobilités, au motif que je suis administrateur de BMa SPL, et donc potentiellement en situation de conflit d’intérêt.


Pire, Claudine Bruban, administratrice de BMa SPL & SEM, qui a accepté ces mandats tout comme moi, afin de travailler sur les dossiers structurants d’aménagement urbain, est dans la même situation. Et c’est tout Gouesnou qui ne peut être représentée au vote ce soir (Laurent Guillevin étant quant à lui empêché).


Regardez l’absurdité de la situation. Elle l’est à cause du législateur. Je crois que nous avons ici plusieurs candidats plus ou moins déclarés aux prochaines élections, ils se reconnaîtront, et je les prends à témoin. Convenez que c’est absurde !


C’est peut-être cela une certaine idée de la liberté d’expression, ou de la libre administration des collectivités…


Je veux dire ici mon écœurement car nous avons participé – et moi en premier chef – à ce dossier si déterminant. Depuis 2019, je suis intervenu à 5 reprises dans cette assemblée, j’ai contribué à chaque étape de la concertation, je vous ai écrit à 3 reprises Monsieur le Président, sans compter mes 7 interventions au Conseil régional de Bretagne, où je défends bec et ongle une politique ambitieuse en matière de mobilités.


La mobilité, elle est dans mon programme électoral, elle est dans mon plan de mandat !


Et on m’oblige à me taire et c’est tout Gouesnou qu’on met en sourdine !


Excusez-moi d’être passionné par ce sujet !


Depuis que je siège au Conseil communautaire, depuis 2008, j’ai été critique, j’ai été dur parfois, cherchant à convaincre, mais j’ai toujours voté en faveur des TCSP… à une exception il est vrai, en 2019, alors qu’il était question dans le projet initial d’inclure les ascenseurs urbains pour desservir le port de commerce.


Avec le GICA, nous nous étions alors abstenus, et avions alerté sur la nécessité de flécher ces crédits vers le renforcement des lignes périphériques, de la multimodalité, et donc des PEM.


Nous avons été entendus, vous nous avez entendus Monsieur le Président.


Le projet a évolué, les pôles d’échange multimodaux sont arrivés – fruit d’une réflexion engagée à Gouesnou – ont été intégrés au projet. J’ai souvenir de ces temps d’échanges et de travail en mairie avec Jean-Philippe Lamy et Yohann Nédélec sur la transformation des flux routiers vers d’autres vecteurs plus durables, sur l’absurdité de la superposition des réseaux de transports de la Métropole et de la Région, du décloisonnement du réseau vers les autres EPCI, de la faiblesse du covoiturage et du réseau de pistes cyclables, et j’en passe.


Élus, nous sommes prioritairement attendus sur ces questions.


Et je pense pouvoir parler ici pour mes collègues.


Pas une semaine, pas un jour, sans que je sois interpellé sur le respect des horaires de bus, sur le linéaire de piste cyclable, sur l’encombrement des axes routiers aux heures de pointe, sur la prime vélo électrique, etc.


Monsieur le Président, chers collègues, voilà mon écœurement. Voilà ma colère.


On m’empêche d’entrer dans le vif du sujet.


Alors, je prends le risque ici – n’en déplaise au législateur – je ne serai pas le maire, nous ne serons pas à Gouesnou les élus qui rateront ce rendez-vous des transports en commun et des mobilités douces.


Et nous continuerons dans les instances où nous pouvons le faire à défendre notre ville et à porter une vision forte et exigeante de notre territoire.


Parce que cette exigence n’est pas que la mienne, mais celle de nombreux concitoyens et plus loin, plus fort, celle d’une nouvelle génération.


Parce que nous avons une responsabilité historique, il y a une urgence écologique, économique. Il en va de la qualité de vie de tous.


Ayons conscience que ce n’est pas complet, que nous ne voyons pas assez loin. Je m’explique.


Les mobilités, c’est un tout. Ce sont les TCSP, le BHNS, les PEM, c’est aussi l’aéroport, la LGV, le vélo, le piéton, le covoiturage, l’autopartage, l’unification des réseaux avec ceux de la Région, c’est l’extension de notre réseau au-delà des frontières de la métropole.


C’est le stationnement aussi, et on sait qu’il y a redire ! C’est l’attractivité tarifaire, c’est la question de l’inclusion, trop souvent négligée. C’est la connectivité, c’est la sécurité !


Oui nous n’allons pas peut-être assez vite pour certains, mais nous allons dans la bonne direction.


Alors oui, la situation financière est délicate aujourd’hui, et potentiellement problématique demain. Le coût de l’énergie, le coût des matières premières.


Avant d’être vice-président, je suis maire d’une commune qui appréhende les lendemains. L’augmentation du point d’indice des fonctionnaires, le coût des denrées alimentaires qui impactera le marché cantine…


Plus que jamais, nous devons être vigilants, et toutes les options doivent être mises sur la table, y compris celle du phasage de l’opération.


Être vigilants, précautionneux, nous devons l’être assurément. Mais gardons de l’ambition, soyons inventifs. Allons chercher les financeurs, allons chercher les EPCI voisins qui ont pris la compétence mobilités sur les PEM, puisque la loi les y autorise désormais !


Allons chercher les employeurs pour qu’ils aillent au-devant de leurs obligations et augmentent leur contribution aux abonnements de transports de leurs salariés. Demandons aux grands centres d’emplois privés et publics de réfléchir à la diversification des horaires d’embauche et de débauche.


Allons négocier avec eux, mais aussi avec le Département, la Région, Diwan, l’enseignement catholique, en ce qui concerne les horaires scolaires !


Allons vers les commerçants qui subiront les travaux du tram et du BHNS sur les questions d’indemnisation, le jalonnement pendant les travaux, en apprenant de nos erreurs sur la première ligne.


Allons enfin plus loin sur l’intégration tarifaire et surtout, sur l’attractivité elle-même, sans rechercher la gratuité.


Donnons envie de prendre les transports, ne laissons pas les étudiants, les jeunes actifs, les demandeurs d’emploi qui ne peuvent plus faire un plein d’essence.


Projetons-nous déjà sur l’après et le déploiement d’une nouvelle phase de TCSP vers les communes de Guilers, Le Relecq-Kerhuon, et demain Plougastel !


Mes chers collègues, Monsieur le Président, c’est un sujet trop important pour l’idée que je me fais du territoire. Nous ne pouvons pas passer à côté, nous devons nous hisser à la hauteur. C’est le sens de l’histoire.


Et puisque l’on m’invite à me taire, eh bien je m’arrêterai là.

 
 
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