Présidentielle : mes réflexions, où j'en suis !
- Ewena Guennoc-Monot
- 22 avr. 2022
- 4 min de lecture
22/04/2022

J’entends me garder ici de donner toute leçon. Ce n’en est pas l’objet mais chacun doit aujourd’hui savoir où il en est. Moi, je vais vous dire où j’en suis. Je crois d’ailleurs que tout élu, que tout maire, devrait autant se livrer à cet exercice, que de dire son vote, son choix, car il exerce un mandat représentatif – en confiance – qui, de fait, le fait participer au débat public.
Je ne vais pas chercher à vous convaincre que l’heure est grave. Elle l’est assurément ! Je n’entends pas non plus utiliser ce ressort facile d’une pseudo-mobilisation générale contre les extrêmes, si souvent dénoncé, pointé, et pourtant resté jusqu’ici sans effet.
Je ne veux entrer dans ce couloir, trop étroit, de la culpabilisation. « Rendez-vous compte, Madame, Monsieur, quel pays, quel avenir allez-vous offrir à vos enfants ? »
La posture moralisatrice est inutile, inadéquate, parce qu’en face, seul se révèle cet esprit de contradiction, celui cristallisant sans retour possible toute position. Pire, il l’exacerbe !
Non, je ne veux vraiment rien de tout cela ! Vraiment !
Je veux juste vous parler de moi, de ce que je pense. C’est peut-être aussi une forme de thérapie, c’est de saison me direz-vous. Un psy ajouterait sans doute qu’il s’agit de nourrir sa « faille narcissique » ! Dont acte !
J’ai parfaitement conscience d’être un privilégié, oui. Je vis bien, je ne suis pas malade, je pars en vacances avec ma famille, je peux aller au restaurant, au cinéma et m’offrir « ces petits plaisirs » de la vie. Nous sommes propriétaires de notre maison. Nous payons des impôts, c’est l’esprit même de la solidarité nationale et du contrat social, moral – comme vous voudrez.
C’est donc cet homme privilégié qui veut vous dire combien il aime la France, son pays, ses valeurs, son histoire. Et rien ne s’y ajoute ni ne se retranche, parce qu’en conscience, tout est à parfaire, à défaire, à refaire.
Mais de toutes ces imperfections, de toutes ces injustices aussi, doit-on seulement en vouloir la rupture ? Doit-on tirer collectivement un seul constat, celui de tout rejeter, et de bannir le bon sens ?
Parce que ce pays, quand j’ai eu besoin de lui, il était là !
Il était vraiment là lorsque je me suis fait opérer et hospitaliser. Gamin, lorsque mon père est mort, il était là pour ma mère, mon frère et moi. Il m’a permis de grandir, d’aller à l’école, d’étudier en bénéficiant de bourses et d’APL pour me loger, alors que je n’avais pas un sou. Dans ce pays, j’ai malgré tout pu travailler soir et week-end, j’ai pu aussi emprunter 20 000 € pour financer mes études, si bien que je n’ai passé le permis de conduire qu’à 27 ans.
Et alors, est-ce honteux ? Est-ce anormal de s’aider soi-même ? Et au fond, n’est-ce pas finalement une chance tant cela m’a formé, tant cela m’a renforcé ? J’ai toujours su qu’à côté de moi, il y avait plus chanceux, plus riche, plus intelligent, plus talentueux. Oui, c’est parfois rageant, injuste, dur, mais aurais-je dû pour autant sombrer dans l’aigreur ?
Alors, je veux ici comprendre, expliquer, autant que me livrer au débat. Je veux persuader, cheminer, autant que me laisser convaincre. C’est une discipline personnelle car j’ai à l’esprit que la vie publique a tout autant frappé à ma porte que j’en ai tiré la poignée !
Chaque matin en mairie, dans les rues, au café, je croise tous les profils, tous les sentiments. Des enthousiastes comme des personnes désabusées, désespérées, révoltées. Je comprends et partage pleinement l’exaspération, le sentiment d’abandon des mamans solo, des veuves et des veufs quasi sans pension de retraite, de celui que la vie a cabossé, de celui qui peine dans sa carrière, cherche un emploi, un logement.
Il n’est pas question de reléguer cette douleur, ces injustices.
Je pense simplement que Marine Le Pen – parce qu’au fond, elle a toujours le même visage –, que l’extrême droite n’en fera rien, sinon les instrumentaliser. Depuis toujours, tout est feint dans le nationalisme de gauche et de droite !
Je ne veux ni ne peux me résoudre à voir la France, mon pays, notre pays, rejoindre le club fermé des Orban, Poutine, Bolsonaro, et hier, Castro, Chavez et Maduro.
Oui, notre pays est en plein doute. Et le doute, c’est l’ennemi intérieur. J’avoue ne pas saisir et surtout ne pas accepter ce désamour, ce « bashing » qui vire désormais à l’acharnement chez la droite nationaliste. Comment peut-on prétendre aimer son pays et le vomir ainsi ?
Regardons autour de nous ! Pouvons-nous penser un seul instant que c’est mieux ailleurs ? Aux États-Unis, en Espagne, en Angleterre ?
Comment, dans la même phrase, peut-on seulement vouloir sauver la France, son modèle social, son exception culturelle, sa ou ses singularités, et en faire tout de suite après son procès, à charge, sans nuance ? C’est assurément le tout et son contraire.
Dimanche, ma seule conviction, c’est celle de la primordiale union, de la ré-union. Je veux que nos failles, nos faiblesses, nous les regardions en face, que nous réformions, que nous accélérions ce qui doit l’être, et que nous rejetions ceux-là mêmes qui ne cherchent rien d’autre qu’à s’opposer et à fustiger.
Ma conviction est sans équivoque, sans ambiguïté. On ne combat pas les extrêmes avec un bulletin blanc ou en s’abstenant, mais en agissant, en choisissant ; en choisissant même ce qui ne convient pas parfaitement.
Car je ne veux pas être le maire qui demain, refuse une demande de logement social à une personne au prétexte qu’elle est étrangère, de couleur.
Non, je ne veux pas être le maire qui demain– parce que de fait, il est officier de police - traque sur l’espace public celles et ceux qui portent un signe religieux. Je ne serai jamais l’élu qui demande la révocation d’un journaliste au prétexte que son dernier article ne m’était pas favorable.
Dimanche, je fais le choix de la France, le choix de l’Europe, de l’écologie, du climat et des nécessaires transitions, de la laïcité, des solidarités et des libertés.
Dimanche, je vote à nouveau pour Emmanuel Macron. Je le fais sans états d’âme, et comme toujours avec autant d’espoir que d’esprit critique.
Voter aujourd’hui c’est aussi pouvoir critiquer demain.





